L'écrit sous toutes ses formes fait aujourd’hui partie intégrante du travail créatif de Déliana. Elle a peu à peu développé un langage très imagé et sensible qui prend vie parallèlement à ses peintures, les mots constituant même bien souvent le point de départ de sa création visuelle. Les formes qu'elle affectionne particulièrement sont la poésie et les récits courts, mais elle écrit également des nouvelles et aussi des romans pour enfants. Les thèmes que l'on retrouve le plus souvent dans ses poésies touchent à l’intime : l'attente, l’abandon, la mort… Quelque chose de très intérieur avec un langage direct et brut. Mais elle porte un regard beaucoup plus tourné vers l'extérieur dans ses textes plus longs avec des sujets qui puisent dans le quotidien collectif, l'actualité et les vicissitudes du monde.

 

En parallèle, Déliana travaille sur des écrits et illustrations pour enfants, un univers qu'elle affectionne particulièrement. "Quand je fais des créations pour enfants, je me sens complètement libre dans mon imagination et débarrassée de l'obligation de logique, de cohérence, de consistance. Je pense souvent à cette phrase absolument géniale de Winnie l'Ourson : " Plus il pleut, plus il pleut ". Même si j'adore le jeu de niveaux de lecture, ce qui me donne souvent le plus de satisfaction, c'est d'arriver à un résultat droit, direct, sincère."

"Confinement", Court métrage, 2020

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Désaccords

Elle est en désaccord avec son corps.

Trop nu, trop détendu

Rideaux noirs devant, intime décor

quatre chaises comme scénographie.

Sur la première elle assoie l’illusion

Elle est au fond, côté jardin

Une copie de Eams très certainement

De trois quart écrlairé chagrin

Sur la seconde, sa fierté se dresse

de pleine face et en plein milieu

Pieds laqués, siège caresse

Elle a des tocs et crois en Dieu

La troisième c’est une banquette

Velours taché en rouge bordeau

Un groupe de pleurs y fait tempête

Et les premiers rangs prennent l’eau

Faire bonne figure sur un tabouret

tout droit sorti d’un atelier

sans confort, le temps d’un café

il n’y a que l’espoir qui s’essaie.

Elle est en désaccord avec son corps

Trop nu, trop détendu

Quatre memebres en bois, l’inconfort !

Dépareillés souvenirs perdus

Dans un brouah de diable elle peine à fuir,

les jambes en bois, les cuisses en velour,

Imaginez traîner ses chaises au pas,

Boiter devant, grincer autour

Comme une sorcière courbée le dos pointu

Mais quel corps, horrible sort.

Elle fait peur aux amoureux perdus

Et ils se cachent derrière des rires forts.

Elle est en désaccord. A la vie, à la mort.

Trop tordue, et beaucoup trop nue.

Les bras n’enlacent plus sans efforts

Et les larmes ne s’accrochent plus.

- Taillez les pieds ! j’entends dire

- Au moins pour éviter le pire,

de tomber dans l’escalier sans bruit,

quand l’autre n’est plus de la partie.

Quand l’autre ne fait plus partie

Quand l’autre ne suit plus

Quand l’autre n’est

Plus...

Elle est en désaccord avec son corps.

Mais la journée passe et elle oublie.

D.A.

Songe

Un homme s’est endormi

dans mon lit.

Si profondément

qu’il a creusé le matelas.

Je m’approche pour voir

Et cela m’attire.

Cela m’appelle.

Un trou noir s’était formé,

comme un oeil vitré et laid

qui regarde mon intérieur.

« C’est mon lit ! » lui dis-je.

Quoi de pire

que de savoir

que quelqu’un touche vos paupières,

renifle vos plaies,

frôle vos arrières pensées.

Un étranger !

Au même moment,

du fond du salon
un air connu passe à la télé.

Un air de jazz qui fait danser.

Le corps s’anime,

l'homme dort toujours.

Je décide alors

de m’approcher

et de mieux observer le spécimen.

Même si le trou l’avait à moitié avalé,

on distinguait nettement

un homme blanc,

la trentaine, blond,

rasé de près,

complétement enfoui dans ces rêves,

l’âme inerte, le corps encore frais.

Les rêves dépassaient.

Des rêves illusoires.

Des rêves gluants.

Vraisemblablement

l’homme avait décidé

d’abandonner la réalité.
Tellement plus facile.

Les illusions l’ont bercé

et le voilà, planté là,

si profondément

qu’il a creusé le matelas.

Les draps fendus

sous ses pieds tendus

comme une peau de tambour

résonne la mort.

Des rayons en poussière

éclairent la scène.

Silence au ralenti.

Silence au ralenti...

Silence.


Mais pourquoi dans mon lit ?

Une sonnerie retentit.

Je me précipite

vers la porte d’entrée.

Il ne faut pas le réveiller.

Surprise de ma réaction stupide

- ce n’est pas mon enfant,

ce n’est guère un enfant -

je regarde en arrière

comme pour être certaine

que c’est aujourd’hui et non hier.

J’ouvre la porte et recule aussitôt

Là devant se tenait l’homme,

le même que je quittais à l’instant

endormi dans mon lit.

Il n’était plus nu,

il portait un uniforme.

Il tendait un courrier,

une lettre recommandée.

J’hésite un instant

puis me décide à signer.

La porte claque

et je déchire le papier.

J’ouvre, fébrile,

mise en demeure, pv ?

Mon pouls s’accellère.

Ma respiration s’épaissit.
Je perds l’équilibre

au renlenti.

Puis soupire...

On m’informe

que la vie continue.

D.A.

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L'homme poisson, linogravure, 2021